La métaphore de cette négativité généralisée passe chez Vladimir Velickovic par la mise en scéne d’un bestiaire singulier. Agresseur agressé, l’homme tragique vit dans un monde de semblables: le rat, bien sur, dont on sait déjà le pouvoir signifiant en terme de condamnation de l’être, de la naissance et de l’engendrement; mais aussi le chien, aux muscles bandés comme une arme redoutable, mâchoire féroce, crocs acérés, machine à tuer animée par des instincts mortifères; le corbeau, bec de kératine qui taille avec l’efficacité d’une lame de rasoir, oiseau de triste augure, noir, au cri de mauvais présage; enfin, la chauve-souris, dont on connait la réputation de succube: aveugle, en quête de sang chaud, vivant de nuit et de profondeurs humides, d’anfractuosités glaireuses et inquiétantes. Tous ces animaux mordent. Canines de chiens, de loups, incisives de rats, minuscules, agencées comme une barrière d’épingles, tranchant du bec de la corneille, du freux, petits crochets pointus qui déchirent la viande chez l’oiseau mammifère, l’homme peut craindre ces bêtes car toutes se définissent par le goût de la viande, du sang et des charognes. Bestiaire emblématique de l’humain qui, lui aussi, mord et sophistique sa nuisance grâce à une technologie redoutable. Mais quels que soient les degrés d’artificialisation de ses morsures, il se nourrit finalement comme ses semblables des rues, des égouts et des cavernes: il dévore la viande de son semblable...